GMEM Marseille

28 jan. — 1 fév. 2019

RÉSIDENCE

Carole Rieussec, Lionel Marchetti

À distance…

Carole Rieussec, Lionel Marchetti — GMEM Marseille
© DR

Sur la toile blanche du monde
Henri Michaux – À distance

Les ondes : ne sont-elles pas cette onde seule qui se déploie, grandit, se démultiplie, mûrit puis retourne au silence, horizontal (l’immobilité de toute surface) à la façon d’une image pleine, ressentie de plein corps, ici une série de vagues, peut-être même à la façon de cette lame de fond qui soulève, étrangement, tout masse d’eau ?
La réalité musicale de notre écriture, sa plasticité et sa facture repose, désormais à l’équilibre de tels courants phénoménaux que nous captons ou inventons accordés, en tant que compositeurs instrumentistes, à cette nécessité de profiter du fourmillement que constitue, par embranchements, par mutations et autres intersections notre palette sonore électronique
Se rendre disponible à cela
Profiter de l’accord – à distance – entre l’ouvrage et la fabrique de l’image au sens où ce qui nous échappe participe pleinement tant de l’ouvrage sans cesse nourri par le jeu que d’une autonomie exprimant un dehors du musical
Mais l’enjeu de notre écriture est aussi ailleurs
Techniquement, par la mise en place un dispositif hautparlant assumé de face à face jouant avec ce phénomène bien palpable, pour l’écoute offerte au public (installé avec nous au centre du dispositif), de l’en-creux de l’entre-deux de la faille
À savoir une position englobant l’axe en-deçà de ses périphéries lorsque l’architecture du lieu répond à nos exigences d’une circulation du son comme phénomène que l’on voudrait non pas saisir mais attiser, éventuellement provoquer afin de susciter un espace sonore émergeant en un étrange relief inverse à distance des résonances habituelles
Car il s’agit, pour cette composition – à distance – de considérer le rapport entre deux écrans acoustiques en regard jusqu’à créer une immersion paradoxale, par le retrait, plutôt que de proposer une immersion seulement plastique et répondant, dynamiquement, à cette idée d’une poétique de l’écoute par correspondances imaginées, projetées plutôt que par sensations physiques uniquement ressenties
Idée d’image ou abandon de l’Image ?
Il s’agit, tout autant, d’expérimenter (de comprendre ?) un tel vide – cette sensation d’un vide créé, au sein d’un espace centrifuge – dont nos sons forment les bords en évitant, pour ce faire, de capter les rebonds, les réflexions, l’habituelle et naturelle circulation tournoyante du sonore, pour cette fois-ci se positionner dans le ventre même d’un espace en tourbillon qui s’évertue, concrètement autant que géométriquement à fuir – à nous fuir
Se positionner dans ce vide
Vide
Au sens d’un espace de l’émergence possible d’une tierce entitée, d’un feu, d’un jeu
Vide insaisissable, non situé, au-delà de l’idée d’un centre, espace fluide, plutôt d’où tout pourrait surgir
Jusqu’à rejoindre un certain type de silence
S’il existe un tel silence, toute notre attention musicale est d’être à son écoute de frayer, avec lui, à la frontière même de sa présence
Avec cette envie de le laisser venir à nous dans le jeu, notre attention, nos postures mais en acceptant que toujours il s’enfuit, glisse, s’échappe, se métamorphose et signe, par là-même la complexité changeante de toute vie vivante
Et ses possibles déferlantes.

Carole Rieussec, Lionel Marchetti

Carole Rieussec est artiste électroacoustique et performeuse.
Elle se forme aux côtés de Denis Dufour et Luc Ferrari.
Depuis 1986, elle compose et improvise avec les voix, les sons électroniques, les silences et les rythmiques du monde. Elle aime les multiples relations du son à l’espace. En 1990, elle rencontre Jean-Kristoff Camps dans un septet de platine tourne disque, les arènes du vinyle, ensemble il/elle créent le duo KRISTOFF K.ROLL.
Sur scène elle mêle machines, set de microphones, matières brutes et objets de la vie quotidienne. Formée au détournement, elle transforme haut-parleurs et microphones en instrument de musique, elle écrit des partitions pour eux. Elles convient des performeurs à venir travailler avec elle sur ces partitions textuelles.
La voix est l’un de ses matériaux privilégiés, à travers elle, elle imagine des objets qui naviguent entre poésie, philosophie, radiophonie.
En 2004, à Montpellier, elle crée avec Anne-James Chaton , le Festival Sonorités – du texte au son – qu’elle continue de codiriger, avec le guitariste Didier Aschour, la plasticienne Enna Chaton, l’artiste transdisciplinaire Frédéric Dumond et toujours avec Jean-Kristoff Camps.
Depuis 1998 elle est membre du comité de rédaction de « revue et corrigée », depuis 2012 elle y fabrique une net rubrique audio dédiée au genre, à l’expérimentation artistique et à son récit : wi watt’heure.
Elle collabore actuellement avec Lionel Marchetti, Anne-Julie Rollet, Chantal Dumas, Elena Biserna, Jean Michel Espitallier…

Lionel Marchetti est compositeur de musique concrète. Il travaille quotidiennement dans ce qu’il aime nommer son atelier des sons à une poétique musicale permise par l’utilisation des technologies du son — de l’analogique au numérique — à savoir l’utilisation du haut-parleur à l’enregistrement associé, jusqu’à l’interprétation acousmatique, et ce, dans la lignée de cet art spécifique.
Il aime reprendre, pour définir d’un trait son travail, cette formule de Kenneth White (cf. Déambulations dans l’espace nomade — Actes Sud, 1995) : « Concret ou abstrait ? J’aime l’abstrait où subsiste un souvenir de substance, le concret qui s’affine aux frontières du vide. »
Lionel Marchetti se consacre également, sur scène, en solo, à l’improvisation (dispositif analogique expérimental avec microphones divers, feed-back, ondes radiophoniques, magnétophone à bande magnétique, haut-parleurs modifiés, synthétiseurs analogiques etc.) et avec des musiciens comme Jérôme Noetinger (électronique, magnétophone à bande), Xavier Garcia (électronique), Seijiro Murayama (percussions, voix), Jean-Baptiste Favory (composition, électronique), Emmanuel Holterbach (composition, électronique), Pierre Mottron (en) (chant), Yan Yun (électronique), Carole Rieussec (électronique), Sébastien Églème (violon), Michel Doneda (saxophone), Patrick Charbonnier (trombone), Nicolas Losson (électronique), ainsi qu’avec la musicienne et danseuse japonaise Yôko Higashi (composition, électronique et danse butô).
Parallèlement, Lionel Marchetti poursuit un travail d’écriture poétique (cf. La Revue des Ressources, ou encore la revue Lampe-tempête) ainsi qu’une approche théorique de la musique concrète et de l’art du haut-parleur, en tant qu’artiste praticien du genre.
Son livre La musique concrète de Michel Chion (Metamkine, 1998) reste le plus remarqué – ainsi que son essai Haut-parleur, voix et miroir… – essai technique sous forme de lettre (Entre-deux / Mômeludies éditions / CFMI de Lyon, 2009).
Ses compositions musicales sont considérées comme un véritable cinéma pour l’oreille.

AVEC


Carole Rieussec

compositrice

Lionel Marchetti

compositeur