Initiée en 2020, la collection de l’Ircam intitulée Musiques-Fictions propose une expérience à la fois littéraire et sonore inédite, associant un texte contemporain à une création musicale, dans un dispositif de diffusion immersif.... Installé·e sous le dôme de diffusion ambisonique de l’Ircam composé de 49 haut-parleurs, reconstitué dans le Module du GMEM, l’auditeur·rice est convié·e à une écoute où l’imagination est sollicitée par un environnement sonore aux possibilités expressives étendues permettant de reproduire une
situation d’écoute proche de celle du monde réel, de la grande scène spectaculaire aux plus infimes détails du discours intime.
—
Cette Musique-Fiction 8 intitulée « La Compagnie des spectres » raconte l’histoire de deux femmes, une mère et sa fille, hantées par les souvenirs de l’occupation et de la Seconde Guerre mondiale, qui vivent en huis clos dans un trois pièces d’une cité de Créteil.
La mère souffre de démence et croit qu’elle subit toujours les persécutions de Pétain ou de Darlan. La visite d’un huissier venu faire un inventaire avant la saisie de leurs meubles provoque les récits imbriqués de leurs vies respectives. Devant l’homme de loi impassible, les deux femmes vont se livrer à de furieux monologues aussi hilarants que monstrueux.
Production
Ircam-Centre Pompidou
Soutiens
Sacem ; CNM
D’après
« La Compagnie des spectres » de Lydie Salvayre (1997) © Éditions du Seuil
En partenariat avec
la Friche la Belle de Mai
« Par l’invocation des spectres, Lydie Salvayre dresse un véritable huis clos, perçu tantôt comme un petit espace restreint, (le présent) tantôt comme un vaste espace béant, (le passé). Alors, s’annule comme par incantation la dialectique de l’ici et de l’ailleurs. Dans le roman de Lydie Salvayre, l’espace et le temps deviennent deux dimensions non circonscrites, où cognent et rebondissent les voix des trois personnages mis en jeu par Anne-Laure Liégeois. Celle-ci se sert avec magie de toute une palette d’intonations, violentes ou tendres, glaciales ou sensibles, enjouées, drôles et amères, crues ou alambiquées. Elle construit ainsi une dramaturgie de l’énonciation qui est déjà pour moi la musique du texte dit à haute voix. L’écriture des voix n’est-elle pas l’écriture de l’énonciation ? La voix chantée d’Élise Chauvin devra entremêler sa respiration, son souffle et les hauteurs de son chant avec l’oralité du texte, comme une transformation poétique de la parole vers le chant. Cette voix chantée dans les différentes pièces de l’appartement entrera en résonance poétique avec les mots prononcés. Ainsi pourront se rencontrer autrement langue et musique. La voix chantée, entrelacée aux voix des comédien·ne·s, sera donc LE lien entre musique et littérature en entraînant avec elle, la partie de piano interprétée par Alphonse Cemin et le dispositif électroacoustique conçu en studio. »
— Florence Baschet
« ENTRER dans un trois pièces à Créteil (dès les premiers mots écrits), COMPRENDRE (très vite, si l’on rapproche le titre du roman des premières lignes) qu’il sera question de la douleur d’un vécu qui affronte le présent avec le poids du passé, RIRE (dès la fin de la première page), de l’absurdité d’une situation qui va dresser face à face un homme et deux femmes, un huissier et les deux miséreuses qu’il vient « saisir ». Tels sont les premiers uppercuts encaissés par l’adaptatrice d’une œuvre de 200 pages, à la langue ciselée, à la construction parfaite, au propos politique puissant, chocs physiques qu’elle doit encaisser et résoudre en à peu près 21.000 signes ! Et le saisissement se poursuit. RENCONTRER l’incroyable, car folle de passion pour l’expression sonore, Florence Baschet et PERCEVOIR avec joie que la parole du livre n’aura plus la voix intime de sa tête (celle de l’adaptatrice, en l’occurrence la mienne), que vite des voix devront prendre corps et que cette matière composée par l’alchimie entre les mots de Lydie Salvayre, de sa langue littéraire si forte, entre la rocaille d’Annie Mercier, la sifflante bouleversée d’Anne Girouard et la juvénile placide cynique d’Olivier Dutilloy, cette matière s’offrira à la violence passionnée de la compositrice.
Aventure ! Reste pour moi à vivre (encore longtemps) avec ceux qui, après avoir pris vie ont pris chair, les spectres de Lydie Salvayre. »
— Anne-Laure Liégeois
Lydie Salvayre
Autrice
Née en 1946 d’un père Andalou et d’une mère catalane, réfugiés en France en février 1939, Lydie Salvayre passe son enfance à Auterive, près de Toulouse. Après une Licence de Lettres modernes à l’Université de Toulouse, elle fait ses études de médecine à la Faculté de Médecine de Toulouse, puis son internat en Psychiatrie. Elle devient pédopsychiatre, et est Médecin Directeur du CMPP de Bagnolet pendant 15 ans. Lydie Salvayre est l’auteure d’une vingtaine de livres traduits dans de nombreux pays et dont certains ont fait l’objet d’adaptations théâtrales. « La Déclaration » (1990) est saluée par le Prix Hermès du premier roman, « La Compagnie des spectres » (1997) reçoit le prix Novembre (aujourd’hui prix Décembre), « BW » (2009) le prix François-Billetdoux et « Pas pleurer » (2014) a été récompensé par le prix Goncourt.
Florence Baschet
Compositrice
Compositrice née à Paris, Florence Baschet commence ses études musicales à l’École Normale de Musique de Paris et au Conservatoire Santa Cecilia à Rome, puis en musicologie, en harmonie et contrepoint à Paris. Elle s’intéresse ensuite à la nouvelle lutherie instrumentale acoustique (et en particulier au cristal Baschet), instrument qu’elle explore dans plusieurs directions comme la musique carnatique d’Inde du Sud, le milieu musical du jazz et les possibilités de transformations sonores par des dispositifs électroacoustiques. En 1992, elle entre à l’Ircam dans le cadre du cursus de composition et d’informatique musicale à l’issue duquel elle écrit Alma-Luvia. Elle reçoit ensuite des commandes, notamment de l’Ircam, « Spira Manes » et des commandes de l’État, « Sinopia et Aïponis » pour l’ensemble L’Itinéraire dont le directeur artistique, le compositeur Michaël Levinas, soutient activement son travail. Elle écrit ensuite « Femmes » pour Radio France, « Filastrocca » pour le Festival Manca, « Bobok » pour l’ensemble 2e2m et le GRM, « Trinacria », commande de Musique Nouvelle en Liberté, et « BogenLied », la première pièce écrite pour le violon augmenté, pour le Festival Why Note.
L’un des fils directeurs de son travail est l’intégration critique d’un vocabulaire nativement instrumental dans son écriture. La poursuite de ses recherches à l’Ircam l’amène à travailler dans le domaine de la musique mixte qui allie le soliste au dispositif électroacoustique dans une relation interactive particulière liée au geste instrumental et qui cherche à mettre en valeur les phénomènes d’interprétation dont dépendent les transformations sonores.
Anne-Laure Liégeois
Metteuse en scène
Anne-Laure Liégeois alterne les mises en scène de textes antiques, classiques ainsi que les collaborations avec des auteur·rice·s contemporain·e·s. Elle est souvent traductrice et adaptatrice des textes qu’elle met en scène. Elle travaille pour l’opéra et particulièrement la musique baroque, travaille régulièrement avec des chanteur·euse·s lyriques et des compositeur·rice·s contemporain·e·s. Elle a dirigé un Centre Dramatique National et est artiste associée dans de nombreuses Scènes nationales. Elle travaille pour les salles mais aussi pour l’espace public.
Elle travaille au Maroc, au Québec et dans d’autres pays francophones. En juillet 2021, elle crée sur le plateau du Théâtre du Peuple de Bussang, « Peer Gynt » de Ibsen ; en septembre 2021, création de « Fuir le Fléau », commande à 16 auteur·rice·s pour ‘‘théâtres en situation de crise sanitaire’’. En 2022, elle met en scène le roman d’Arno Bertina « Des Châteaux qui brûlent ». Elle est la metteuse en scène des évènements de réouverture de la BnF Richelieu.
Serge Lemouton
Réalisateur informatique musicale
Après des études de violon, de musicologie, d’écriture et de composition, Serge Lemouton se spécialise dans les différents domaines de l’informatique musicale au département Sons du Conservatoire national supérieur de musique de Lyon. Depuis 1992, il est RIM à l’Ircam. Il collabore avec les chercheur·euse·s au développement d’outils informatiques et participe à la réalisation des projets musicaux de compositeur·rice·s parmi lesquel·le·s Florence Baschet, Laurent Cuniot, Michael Jarrell, Jacques Lenot, Jean-Luc Hervé, Michaël Levinas, Magnus Lindberg, Tristan Murail, Marco Stroppa, Fréderic Durieux et autres. Il a notamment assuré la réalisation et l’interprétation en temps réel de plusieurs œuvres de Philippe Manoury, dont K…, la frontière, On-Iron, Partita 1 et 2, et l’opéra Quartett de Luca Francesconi. Actuellement, il s’intéresse plus particulièrement à la transmission et la préservation des œuvres du répertoire de l’informatique musicale.
Friche la Belle de Mai (le Module)
41, rue Jobin13003
Marseille
TARIFS
Plein : 8€
Réduit : 6€ *
* Jeunes 12 — 25 ans, étudiant·e·s, demandeur·euse·s d'emploi, bénéficiaires des minima sociaux, intermittent·e·s, séniors de 65 ans et plus — sur justificatif.
DURÉE
50 min.
Lydie Salvayre
texte
Florence Baschet
musique
Anne-Laure Liégeois
adaptation
Serge Lemouton
réalisation informatique musicale Ircam
Luca Bagnoli
ingénierie sonore
avec les voix de
Annie Mercier
(Rose Mélie, la mère)
Anne Girouard
(Louisiane, la fille)
Olivier Dutilloy
(Maître Échinard)
musique enregistrée par
Élise Chauvin
soprano
Alphonse Cemin
piano