Initiée en 2020, la collection de l’Ircam intitulée Musiques-Fictions propose une expérience à la fois littéraire et sonore inédite, associant un texte contemporain à une création musicale, dans un dispositif de diffusion immersif....
Installé·e sous le dôme de diffusion ambisonique de l’Ircam composé de 49 haut-parleurs, reconstitué dans le Module du GMEM, l’auditeur·rice est convié·e à une écoute où l’imagination est sollicitée par un environnement sonore aux possibilités expressives étendues permettant de reproduire une situation d’écoute proche de celle du monde réel, de la grande scène spectaculaire aux plus infimes détails du discours intime.
Cette Musique-Fiction intitulée « L’autre fille » est un récit de et par Annie Ernaux. Elle s’adresse à sa sœur aînée, décédée avant sa naissance, dont elle a appris l’existence fortuitement, à l’âge de dix ans.
Le dispositif de création et de diffusion permet de mettre en scène cette lettre sans l’incarner, de susciter l’intimité de l’autrice par sa voix propre, sa respiration, par la présence imaginaire de son corps.
Une parole solitaire et secrète, qui restera sans réponse, sauf la musique raffinée d’Aurélien Dumont, dans une adaptation de Daniel Jeanneteau et un design sonore d’Augustin Muller.
Production
Ircam-Centre Pompidou ; Théâtre de Gennevilliers
Soutien
Sacem
D’après
« L’autre fille » d’Annie Ernaux (2011) © Édition Nil
En partenariat avec
la Friche la Belle de Mai
« L’écriture musicale est dévolue à un trio instrumental composé d’une flûte basse, d’un violoncelle et de percussions. L’écriture électronique se centre principalement sur la restitution du trio dans un voyage au sein de différents espaces acoustiques et sur une restitution du son qui met en avant la corporéité des interprètes. La musique est une voix à la fois indépendante et en prolongement du texte d’Annie Ernaux, notamment en questionnant d’un point de vue sonore le thème de l’absence. Esthétiquement, elle exclut toute forme d’illustration ou tout autre ressort démonstratif et nous invite, par le biais d’un travail particulier sur le silence et la vibration, à notre propre intériorité. »
— Aurélien Dumont
« Il s’agit d’abord d’une parole, Annie Ernaux s’adresse à sa sœur. Et même s’il s’agit d’une lettre, écrite à une sœur morte avant sa propre naissance et donc jamais rencontrée, ce texte procède d’une certaine oralité intérieure : c’est un dialogue avec le silence. C’est donc un texte qui vient naturellement s’inscrire à l’endroit de l’écoute, et qui ouvre un espace d’introspection attentive. Annie Ernaux nous accueille dans le travail de construction de sa conscience, ce travail qu’elle mène avec courage et lucidité depuis tant d’années, et qui relie chacune de ses œuvres, il me semble. En faire l’objet d’une lecture par l’autrice elle-même était une sorte d’évidence, peut-être simplement parce qu’un tel texte ne peut être interprété, joué dans la distance d’une interprétation. Le faire entendre procède peut-être, encore, du geste de l’écriture, pour autant que ce soit le corps même de l’autrice qui le traverse. Le temps a passé depuis que ce texte a été écrit, qui relate des événements eux-mêmes déjà anciens. C’est apporter un élément nouveau et particulièrement émouvant que de restituer, grâce aux propriétés de la diffusion ambisonique, quelque chose de la présence d’Annie Ernaux à ce moment de son existence, et dix ans après qu’elle ait écrit « L’autre fille ».
Annie Ernaux est par ailleurs une excellente lectrice, tenant à distance ses émotions, les laissant filtrer néanmoins sans que les affects ne viennent peser sur l’expression. C’est un peu comme si elle-même était témoin de son écriture, de son besoin d’interroger par l’écrit la présence en elle de cette sœur jamais connue. »
— Daniel Jeanneteau
Annie Ernaux
Écrivaine
Annie Ernaux naît le 1er septembre 1940 à Lillebonne, mais passe son enfance à Yvetot, en Normandie. Issue d’un milieu social modeste, elle fait des études en lettres, devient professeure certifiée, puis agrégée de lettres modernes. Son premier roman, « Les Armoires vides » (1974), annonce déjà le caractère autobiographique de son œuvre. Mêlant l’expérience personnelle à la grande Histoire, ses ouvrages abordent l’ascension sociale de ses parents (« La Place », « La Honte »), son mariage (« La Femme gelée »), sa sexualité et ses relations amoureuses (« Passion simple », « Se perdre »), son environnement (« Journal du dehors », « La Vie extérieure »), son avortement (« L’Événement »), la maladie d’Alzheimer de sa mère (« Je ne suis pas sortie de ma nuit »), la mort de sa mère (« Une femme ») ou encore son cancer du sein (« L’Usage de la photo », en collaboration avec Marc Marie), construisant ainsi une œuvre littéraire ‘‘auto-socio-biographique’’.
Aurélien Dumont
Compositeur
Aurélien Dumont est titulaire du diplôme universitaire d’art-thérapie de la faculté de médecine de Tours, ainsi que d’un master en esthétique et pratique des arts à l’université de Lille. Après ce parcours universitaire, il étudie la composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans la classe de Gérard Pesson, où il obtient un 1er prix de composition distingué par le prix Salabert 2012, et il participe au Cursus de composition et d’informatique musicale de l’Ircam (2010-13). Lors de son Doctorat en composition au sein de l’École Normale Supérieure, il s’intéresse à la transdisciplinarité et à l’émergence de nouvelles formes artistiques et musicales. Il a été pensionnaire à la Villa Médicis en 2017-2018. Les œuvres d’Aurélien Dumont ont été interprétées par des ensembles comme le Klangforum Wien, l’ensemble Linéa, le quatuor Diotima, le quatuor Prometeo, l’ensemble Kammer Neue Musik Berlin, l’ensemble Muromachi, etc. Son spectacle de théâtre musical « Grands défilés » a été créé à l’Opéra de Lille en 2011. C’est à la Maison Maria Casarès, où il est en résidence pour les saisons 2019-2021 qu’il crée un diptyque opératique sous casque « Qui a peur du loup ? / Macbeth » en juillet 2019, mis en scène par Matthieu Roy.
La musique d’Aurélien Dumont est pensée comme une cartographie constituée de petits paysages où se côtoient des objets musicaux surprenants. La culture japonaise, la poésie contemporaine (longue collaboration avec Dominique Quélen) ainsi qu’une réflexion particulière sur la scénographie musicale sont au centre de ses préoccupations.
Daniel Jeanneteau
Metteur en scène
Daniel Jeanneteau étudie aux Arts Décoratifs de Strasbourg et à l’École du TNS. En 1989, il rencontre le metteur en scène Claude Régy dont il conçoit les scénographies pendant une quinzaine d’années. Il travaille également avec de nombreux·euses metteur·euse·s en scène et chorégraphes (Catherine Diverrès, Jean-Claude Gallotta, Alain Olliviere, Jean-Baptiste Sastre, Trisha Brown, Jean-François Sivadier, Pascal Rambert…). Depuis 2001, et parallèlement à son travail de scénographe, il se consacre à la création de ses propres spectacles en France et au japon, souvent en collaboration avec Marie-Christine Soma (Racine, Strindberg, Boulgakov, Sarah Kane, Martin Crimp, Daniel Keene, Anja Hilling, Maurice Maeterlinck, Tennessee Williams, Homère, Annie Ernaux…). En 2006, il met en scène à l’opéra Bastille « Into the little hill », premier opéra de George Benjamin et Martin Crimp. À l’opéra de Lille, il met en scène « Le Nain » d’Alexander von Zemlinsky en 2017, et « Pelléas et Mélisande » de Debussy en 2021. Il est directeur du Studio-Théâtre de Vitry de 2008 à 2016, puis directeur du T2G – théâtre de Gennevilliers depuis janvier 2017.
Augustin Muller
Réalisateur en informatique musicale
Spécialisé dans l’informatique musicale et la diffusion sonore, Augustin Muller travaille avec différents artistes et ensembles (Le Balcon, Ensemble intercontemporain, L’Instant Donné, Links, International Contemporary Ensemble…) pour des concerts et des festivals. Issu d’une génération directement confrontée à la question de l’interprétation du répertoire mixte, il travaille à l’Ircam depuis 2010 pour des projets de concerts, de recherche et de créations avec de nombreux compositeur·rice·s (Levinas, Platz, Carreño, Fourès, Eldar), musicien·ne·s et performeur·euse·s, et s’implique dans plusieurs projets au niveau de la diffusion sonore et de l’électronique live, notamment au sein de l’orchestre Le Balcon.
— www.lebalcon.com/le-balcon/augustin-muller/
Friche la Belle de Mai (le Module)
41, rue Jobin13003
Marseille
TARIFS
Plein : 8€
Réduit : 6€ *
* Jeunes 12 — 25 ans, étudiant·e·s, demandeur·euse·s d'emploi, bénéficiaires des minima sociaux, intermittent·e·s, séniors de 65 ans et plus — sur justificatif.
Pass Musiques-Fictions * : 10€
* (donnant accès à deux séances dans la même journée : Musique-Fiction 11 + Musique-Fiction 12)
DURÉE
50 min.
Annie Ernaux
texte
Aurélien Dumont
musique
Daniel Jeanneteau
adaptation et réalisation
Augustin Muller
réalisation informatique musicale Ircam
Sylvain Cadars
ingénierie sonore
avec la voix de
Annie Ernaux
musique enregistrée
Ensemble l’Instant Donné
composé de
Nicolas Carpentier
violoncelle
Maxime Echardour
percussions
Mayu Sato-Brémaud
flûte